# Espérance de vie en bonne santé et méthode de Sullivan

Socioéconomie & démographie · Master 1

> Combiner table de mortalité et prévalence d'incapacité : EVBS et compression de la morbidité

## Introduction

Vivre plus longtemps ne signifie pas nécessairement vivre plus longtemps en bonne santé. Les démographes et les épidémiologistes distinguent donc l'espérance de vie totale, tirée d'une table de mortalité, de l'espérance de vie en bonne santé (EVBS), qui retire de ces années celles vécues avec une incapacité ou un état de santé jugé mauvais.

La méthode de Sullivan, la plus utilisée parce qu'elle ne demande que des données transversales, pondère les années vécues de la table de mortalité par la proportion de personnes en bonne santé à chaque âge, issue d'une enquête. Elle alimente les débats sur le vieillissement : les années gagnées sont-elles des années de santé (compression de la morbidité) ou de maladie (expansion) ?

En Suisse, les données proviennent notamment de l'Enquête suisse sur la santé et de l'enquête SILC de l'Office fédéral de la statistique, ce qui impose de comprendre la nature subjective de l'indicateur et ses limites de comparabilité.

## Objectifs d'apprentissage

- Calculer et interpréter une EVBS selon la méthode de Sullivan à partir d'une table de mortalité et de prévalences
- Distinguer compression, expansion et équilibre dynamique de la morbidité et savoir quelles données les départagent
- Discuter les limites de comparabilité des indicateurs de santé déclarée (GALI, santé perçue)

## Concepts clés

- **Méthode de Sullivan** : On multiplie les années vécues L(x) de la table de mortalité par la proportion π(x) de personnes sans incapacité à l'âge x, puis on cumule et on divise par les survivants l(x).
- **Compression de la morbidité** : Hypothèse de Fries (1980) : si l'âge d'apparition des maladies chroniques recule plus vite que l'espérance de vie, la période de morbidité se raccourcit.
- **Expansion et équilibre dynamique** : Les années gagnées peuvent être des années de maladie (expansion) ; l'hypothèse de Manton retient une baisse de la gravité plus que de la prévalence.

## Conclusion

L'espérance de vie en bonne santé déplace la question démographique de la durée vers la qualité des années vécues. Elle repose sur une méthode simple, la méthode de Sullivan, mais sur des mesures déclaratives dont il faut connaître les fragilités.

Pour la politique de santé publique, elle sert à évaluer si le vieillissement s'accompagne d'une compression ou d'une expansion de la morbidité, et à anticiper les besoins de soins et de prévention.

## Cartes

### Que mesure l'espérance de vie en bonne santé ?

Le nombre moyen d'années qu'une personne d'un âge donné peut espérer vivre sans incapacité ou en bonne santé perçue, selon la définition retenue.

### Quelles deux sources la méthode de Sullivan combine-t-elle ?

Une table de mortalité (années vécues par âge) et une enquête fournissant la prévalence de la bonne santé ou de l'absence d'incapacité par âge.

### Pourquoi la méthode de Sullivan est-elle si répandue ?

Elle n'exige que des données transversales de prévalence et des taux de mortalité, sans suivi longitudinal des transitions entre états de santé.

### Que désigne l'indicateur GALI ?

Le Global Activity Limitation Indicator : question sur la limitation, depuis au moins six mois, des activités habituelles en raison d'un problème de santé ; il sert aux années de vie en bonne santé d'Eurostat.

### Que soutient Fries avec la compression de la morbidité ?

Que la morbidité chronique peut être repoussée vers la fin d'une durée de vie dont la limite biologique est fixe, de sorte que la période de maladie se raccourcit.

### Que soutient l'hypothèse d'expansion de la morbidité ?

Que la baisse de la mortalité, surtout par meilleure survie des malades chroniques, augmente le nombre d'années vécues avec maladie ou incapacité.

### Quelle est la limite principale d'un indicateur fondé sur la santé déclarée ?

Il est subjectif : le seuil de l'incapacité perçue varie selon la culture, l'âge, la formulation de la question et les attentes, ce qui fausse certaines comparaisons.

### Un écart d'EVBS entre groupes sociaux peut-il être plus grand que l'écart d'espérance de vie ?

Oui : les groupes défavorisés vivent moins longtemps et passent aussi une plus grande part de leur vie en mauvaise santé, ce qui cumule les deux écarts.

### Que signifie une EVBS stable alors que l'espérance de vie augmente ?

Que les années gagnées sont, en moyenne, vécues avec une incapacité : on est plutôt dans un scénario d'expansion de la morbidité.

## Glossaire

- **Table de mortalité** : Outil décrivant la survie d'une cohorte fictive soumise aux taux de mortalité par âge d'une période donnée.
- **Prévalence** : Proportion de personnes présentant un état (maladie, incapacité) à un moment donné dans une population.
- **Incapacité** : Limitation des activités habituelles résultant d'un problème de santé.
- **Santé perçue** : Appréciation que la personne porte sur son propre état de santé, souvent sur une échelle de très bonne à très mauvaise.
- **Compression de la morbidité** : Raccourcissement de la période de maladie en fin de vie quand l'apparition des maladies est repoussée.
- **Années de vie en bonne santé** : Indicateur européen d'Eurostat fondé sur la méthode de Sullivan et la question GALI.

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