Identité nationale suisse: Willensnation et citoyenneté tripartite

Migration & citoyenneté · Bachelor 2

La Suisse, nation de volonté: langues, cantons, citoyenneté à trois niveaux et défi migratoire.

Introduction

La Suisse ne repose ni sur une langue, ni sur une religion, ni sur une ethnie communes. On la présente donc souvent comme une « nation de volonté » (Willensnation), construite par la décision de vivre ensemble et par des institutions partagées: fédéralisme, démocratie directe, neutralité, quatre langues nationales.

Ce récit est à la fois une ressource pour penser l'appartenance civique et un objet d'analyse critique. Il suppose une définition politique de la nation inspirée d'Ernest Renan, mais l'accès à la citoyenneté, qui passe par la commune, le canton et la Confédération, fait de l'appartenance un statut très encadré. Comment cette identité nationale se confronte-t-elle à une population dont près de 40 % est issue de la migration?

Objectifs d'apprentissage

  • Expliquer la notion de nation de volonté et la comparer à la nation culturelle ou ethnique
  • Présenter l'idée de Renan de « plébiscite de tous les jours »
  • Décrire la citoyenneté suisse à trois niveaux (art. 37 Cst.)
  • Discuter les limites du récit de la Willensnation face à l'immigration

Concepts clés

Nation de volonté
La nation tient à l'adhésion à un projet politique commun et à des institutions plutôt qu'à une culture homogène; elle s'oppose à la nation « de naissance ou de sang ».
Citoyenneté à trois niveaux
Selon la Constitution fédérale (art. 37), a la citoyenneté suisse toute personne qui possède un droit de cité communal et le droit de cité du canton; on devient donc suisse en étant d'abord citoyen d'une commune et d'un canton.
Diversité reconnue, homogénéité questionnée
Quatre langues nationales, vingt-six cantons et plusieurs confessions témoignent de la pluralité interne, mais le « nous » suisse peut rester perçu comme fermé aux nouveaux arrivants.

Conclusion

L'identité nationale suisse oscille entre un idéal de nation de volonté ouvert à la pluralité et une citoyenneté très encadrée par trois niveaux institutionnels. Cette tension explique pourquoi la question de l'appartenance reste au cœur du débat sur la migration.

Pour l'étudiant, l'enjeu est de savoir mobiliser la notion de nation civique sans en faire un argument d'autorité: elle décrit des idéaux autant que des pratiques, et doit être confrontée à l'expérience des résidents sans passeport suisse.

Cartes

Que signifie « Willensnation » appliqué à la Suisse?
Une nation fondée sur la volonté de vivre ensemble et sur des institutions communes (fédéralisme, démocratie directe), non sur une langue, une religion ou une origine uniques.
Qu'a défendu Ernest Renan dans « Qu'est-ce qu'une nation? » (1882)?
Que la nation repose sur un passé partagé et surtout sur le consentement actuel, « un plébiscite de tous les jours », plutôt que sur la race, la langue ou la religion.
Quelles sont les langues nationales de la Suisse?
L'allemand, le français, l'italien et le romanche (art. 4 Cst.), le romanche ayant le statut de langue officielle dans les rapports avec les personnes de langue romanche.
Que prévoit l'art. 37 Cst. sur la citoyenneté suisse?
A la citoyenneté suisse quiconque possède un droit de cité communal et le droit de cité du canton; l'appartenance à la Confédération passe par ces deux niveaux.
Quelle conséquence a la citoyenneté tripartite pour la naturalisation?
La procédure implique la commune, le canton et la Confédération, qui fixe les conditions minimales; les exigences et les délais varient donc d'un canton ou d'une commune à l'autre.
Pourquoi la formule Willensnation est-elle aussi un mythe fondateur?
Elle simplifie une histoire faite de conflits (Sonderbund, 1847) et de tensions linguistiques, et peut masquer que le « nous » civique se définit par des critères d'admission contraignants.
Qu'est-ce que le « Röstigraben »?
Expression désignant la ligne de partage linguistique et culturelle entre Suisse alémanique et Suisse romande, visible dans certains résultats de votations fédérales.
Comment l'immigration interroge-t-elle l'identité nationale suisse?
Environ un quart de la population résidente est de nationalité étrangère; beaucoup n'ont pas le droit de vote, ce qui questionne l'équilibre entre appartenance de fait et appartenance juridique.
Quelle différence entre nation civique et nation ethnoculturelle?
La première s'appuie sur la citoyenneté et l'adhésion à des institutions; la seconde sur une descendance, une langue ou une culture partagées, qu'on ne peut acquérir que difficilement.

Glossaire

Willensnation
Nation de volonté: communauté politique fondée sur l'adhésion à un projet et à des institutions partagés.
Plébiscite de tous les jours
Formule de Renan pour dire que la nation tient au consentement continu de ses membres à vivre ensemble.
Droit de cité
Statut d'appartenance à une commune ou à un canton, dont la détention fonde la citoyenneté suisse.
Fédéralisme
Organisation de l'État qui répartit les compétences entre Confédération, cantons et communes.
Nation ethnoculturelle
Conception de la nation fondée sur la descendance, la langue ou la culture d'origine.
Neutralité
Principe de politique étrangère de la Suisse qui participe aussi à son récit identitaire.
Démocratie directe
Participation des citoyens à la décision politique par votations et initiatives populaires.