# Frontières symboliques et boundary making (Lamont, Wimmer)

Migration & citoyenneté · Master 1

> Comment se tracent et se déplacent les frontières entre « nous » et « eux ».

## Introduction

Qui est « des nôtres »? Cette question traverse la migration, mais la réponse ne tient pas à une essence culturelle: elle résulte de lignes de partage tracées, contestées et déplacées dans les interactions quotidiennes, les institutions et les politiques publiques. La sociologie des frontières propose de les étudier comme des objets.

Michèle Lamont et Virág Molnár (2002) distinguent les frontières symboliques (catégories mentales pour classer les gens) des frontières sociales (inégalités effectives d'accès aux ressources). Andreas Wimmer (2013) en tire une théorie du « boundary making » qui recense les stratégies par lesquelles les acteurs modifient ces lignes, et explique pourquoi elles varient d'un pays à l'autre.

## Objectifs d'apprentissage

- Distinguer frontières symboliques et frontières sociales
- Décrire les principales stratégies de modification des frontières selon Wimmer
- Expliquer pourquoi l'institutionnalisation d'une frontière la rend durable
- Analyser une situation suisse de démarcation « nous / eux » avec ce cadre

## Concepts clés

- **Frontières symboliques et sociales** : Les premières sont des distinctions conceptuelles (moralité, goût, culture); les secondes sont des formes objectivées d'inégalité d'accès aux ressources et aux opportunités. Les deux se renforcent lorsque les distinctions deviennent des pratiques d'exclusion.
- **Boundary making** : Wimmer analyse l'ethnicité comme le produit de luttes entre acteurs qui proposent, imposent ou contestent des lignes de partage, selon leurs ressources, leur pouvoir institutionnel et leurs réseaux politiques.
- **Stratégies de modification** : On peut déplacer la frontière pour s'inclure (expansion) ou exclure (contraction), inverser la valeur des différences (transvaluation), changer de camp individuellement (déplacement de position) ou rendre la frontière moins saillante (brouillage).

## Conclusion

Les frontières entre « nous » et « eux » ne sont ni naturelles ni immuables: elles se construisent, se négocient et s'institutionnalisent. Les distinguer en symboliques et sociales aide à voir comment des jugements de valeur deviennent des inégalités.

Pour un professionnel du social, de l'école ou de l'administration, ce cadre invite à demander quelles lignes de partage ses propres pratiques reproduisent ou contribuent à brouiller.

## Cartes

### Comment Lamont et Molnár définissent-elles les frontières symboliques?

Ce sont des distinctions conceptuelles utilisées pour catégoriser objets, personnes et pratiques, et pour définir des groupes et des hiérarchies morales (« les gens bien », « les gens comme nous »).

### Quelle est la différence entre frontières symboliques et frontières sociales?

Symbolique: catégories mentales et jugements. Sociale: inégalités objectivées dans l'accès aux ressources, au logement, à l'emploi, aux droits. Les secondes naissent quand les premières s'institutionnalisent.

### Qu'est-ce que le « boundary making » selon Wimmer?

La production et la transformation des lignes de partage ethniques par des acteurs en compétition, dont les choix sont contraints par les institutions, la distribution du pouvoir et les réseaux politiques.

### Que signifie l'expansion d'une frontière?

Élargir la catégorie « nous » pour inclure des personnes auparavant exclues, par exemple en reconnaissant comme pleinement membres les enfants nés en Suisse de parents étrangers.

### Que signifie la contraction d'une frontière?

Rétrécir la catégorie « nous » pour exclure certains, par exemple en durcissant les critères de la citoyenneté ou en définissant la « vraie » appartenance par l'origine.

### Qu'est-ce que la transvaluation?

Inverser la valeur attribuée à une différence en gardant la frontière: transformer un stigmate en fierté revendiquée, comme le font certains mouvements identitaires de minorités.

### Qu'est-ce que le brouillage (blurring)?

Rendre moins pertinente la distinction ethnique en mettant en avant d'autres appartenances (profession, quartier, génération) qui traversent les lignes de partage.

### Pourquoi une frontière institutionnalisée est-elle plus durable?

Parce que lois, statistiques, pratiques administratives et routines scolaires ou professionnelles la répètent et la rendent naturelle; elle structure alors les réseaux et les chances de vie.

### Comment les frontières symboliques se manifestent-elles dans la vie quotidienne?

Par des questions du type « d'où venez-vous vraiment? », des compliments sur la langue adressés à des personnes nées ici, ou des hiérarchies informelles entre « bons » et « mauvais » immigrés.

### Pourquoi distingue-t-on souvent « expatrié » et « immigré »?

Cette distinction illustre une frontière symbolique qui associe statut social et nationalité: les mêmes pratiques de mobilité sont valorisées ou stigmatisées selon l'origine et la position de classe.

## Glossaire

- **Frontière symbolique** : Distinction mentale partagée qui sépare « nous » et « eux » et fonde des jugements de valeur sur autrui.
- **Frontière sociale** : Inégalité objectivée dans l'accès aux ressources, aux positions et aux droits entre catégories de personnes.
- **Boundary making** : Processus de production, de renforcement ou de modification des lignes de partage entre groupes par les acteurs sociaux et institutionnels.
- **Transvaluation** : Stratégie qui conserve la frontière mais inverse la valeur sociale de la différence.
- **Brouillage** : Stratégie visant à rendre une frontière ethnique moins saillante en soulignant d'autres appartenances.
- **Distinction morale** : Critère par lequel un groupe se juge supérieur en termes de valeurs (honnêteté, travail, civilité) à un autre.
- **Établis et marginaux** : Figure de Norbert Elias et John Scotson: un groupe établi se perçoit comme supérieur et stigmatise des nouveaux venus, même sans différence culturelle objective.

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