Ruine à horizon fini et simulation Monte Carlo
Sciences actuarielles · Master 1
Probabilité de ruine sur T années, discrétisation annuelle et estimation par simulation.
Introduction
Les formules classiques de la théorie de la ruine portent sur un horizon infini, alors qu'un assureur pilote son capital sur un plan à trois ou cinq ans. La probabilité de ruine à horizon fini ψ(u,T) répond mieux à cette question de gestion, mais elle n'admet presque jamais de formule explicite.
On recourt alors à la simulation : on génère des trajectoires du processus de réserve, on compte la fraction de celles qui passent sous zéro avant T et on en déduit une estimation assortie d'une erreur statistique. Ce deck présente la logique du calcul, ses pièges de discrétisation et les approximations analytiques utiles pour contrôler les résultats.
Objectifs d'apprentissage
- Distinguer ruine à horizon infini, à horizon fini et ruine observée en temps discret
- Simuler une trajectoire du processus de réserve de Cramér-Lundberg
- Calculer l'erreur standard d'une probabilité de ruine estimée
- Interpréter l'écart entre ψ(u,T), ψ(u) et la borne de Lundberg
Concepts clés
- Horizon fini contre infini
- ψ(u,T) est la probabilité que la réserve devienne négative avant l'instant T. Elle croît avec T et converge vers ψ(u) quand T tend vers l'infini : ψ(u,T) ≤ ψ(u). Pour un plan à 3 ans, la ruine à horizon infini surestime donc le risque pertinent.
- Simulation d'une trajectoire
- On tire les temps entre sinistres (loi exponentielle de paramètre λ) puis les montants. Entre deux sinistres la réserve croît linéairement avec les primes ; la ruine ne peut donc survenir qu'à un instant de sinistre, ce qui suffit de tester.
- Erreur de l'estimateur
- Pour N trajectoires indépendantes, la fréquence de ruine p̂ a pour erreur standard √(p̂(1-p̂)/N). Pour estimer une probabilité de 0,5 % à ±0,1 point (intervalle à 95 %), il faut environ 20 000 trajectoires.
Conclusion
La ruine à horizon fini traduit le risque dans la temporalité de gestion de l'assureur. Faute de formule fermée, la simulation est l'outil de référence, à condition de maîtriser l'erreur d'échantillonnage et l'effet de discrétisation. Les bornes et approximations analytiques servent de garde-fous pour vérifier la cohérence des résultats.
Cartes
- Que mesure ψ(u,T) ?
- La probabilité que la réserve passe sous zéro à un instant t ≤ T, avec capital initial u.
- Quelle relation lie ψ(u,T) à ψ(u) ?
- ψ(u,T) est croissante en T et majorée par ψ(u) ; elle tend vers ψ(u) quand T → ∞.
- Pourquoi ne tester la ruine qu'aux instants de sinistre dans le modèle classique ?
- Entre deux sinistres la réserve augmente avec les primes : son minimum local est atteint juste après un sinistre.
- Comment simule-t-on le temps jusqu'au prochain sinistre ?
- Par une loi exponentielle de paramètre λ, car le nombre de sinistres suit un processus de Poisson.
- Quelle est l'erreur standard d'une probabilité estimée sur N trajectoires ?
- √(p̂(1-p̂)/N).
- Pourquoi la ruine observée aux fins d'année sous-estime-t-elle la ruine continue ?
- Une réserve peut passer sous zéro puis se redresser entre deux contrôles ; le test annuel ne voit pas ces épisodes, donc ψ discret ≤ ψ continu.
- Que propose l'approximation par diffusion ?
- Remplacer le processus par un mouvement brownien avec dérive : ψ(u) ≈ exp(−2(c−λμ)u / (λE[Y²])), utile pour un ordre de grandeur.
- Quel est l'intérêt d'une borne comme e^(−Ru) pour valider une simulation ?
- Elle fournit un majorant indépendant : une probabilité de ruine simulée ne doit pas la dépasser, à l'erreur statistique près.
Glossaire
- Horizon de ruine
- Durée T sur laquelle on surveille la solvabilité.
- Méthode de Monte Carlo
- Estimation d'une espérance ou d'une probabilité par la moyenne de nombreuses simulations aléatoires.
- Trajectoire
- Réalisation unique du processus de réserve sur l'horizon considéré.
- Erreur standard
- Écart-type de l'estimateur, qui mesure la précision d'un résultat simulé.
- Charge de sécurité
- Marge θ relative des primes par rapport à la sinistralité moyenne attendue.
- Approximation par diffusion
- Remplacement du processus de sinistres par un brownien de même moyenne et variance.