Discrétiser une EDS : schémas d'Euler-Maruyama et de Milstein

Sciences actuarielles · Master 2

Simulation d'équations différentielles stochastiques, ordres de convergence forte et faible.

Introduction

La plupart des modèles financiers utilisés en assurance s'écrivent comme des équations différentielles stochastiques (EDS) dX = a(X,t)dt + b(X,t)dW. Peu admettent une solution explicite : on les simule donc en discrétisant le temps en pas Δt et en générant des accroissements browniens ΔW = √Δt·Z avec Z de loi normale centrée réduite.

Le schéma d'Euler-Maruyama met à jour X_{n+1} = X_n + a·Δt + b·ΔW. Simple, il converge avec un ordre fort de 1/2 et un ordre faible de 1. Le schéma de Milstein ajoute le terme correctif (1/2)·b·b'·(ΔW² − Δt), qui porte l'ordre fort à 1 pour une EDS à un seul facteur de bruit.

Le choix du schéma dépend de l'usage. Pour estimer l'espérance d'un payoff ou d'un indicateur de risque, l'ordre faible compte ; pour reproduire la trajectoire elle-même, c'est l'ordre fort. Pour des processus devant rester positifs, comme le CIR, des corrections (troncature) sont nécessaires.

Objectifs d'apprentissage

  • Écrire le schéma d'Euler-Maruyama pour une EDS donnée
  • Expliquer le terme correctif de Milstein
  • Distinguer convergence forte et convergence faible
  • Comparer un schéma à la solution exacte du mouvement brownien géométrique
  • Traiter le problème des valeurs négatives dans un modèle de taux

Concepts clés

Euler-Maruyama
X_{n+1} = X_n + a(X_n)Δt + b(X_n)ΔW_n, avec ΔW_n = √Δt·Z_n. C'est l'analogue stochastique du schéma d'Euler déterministe.
Schéma de Milstein
X_{n+1} = X_n + aΔt + bΔW + (1/2)·b·b'·(ΔW² − Δt). Le terme supplémentaire, issu du développement d'Itô-Taylor, améliore la précision des trajectoires.
Convergence forte et faible
Forte : E|X_T − X_T^Δt| est de l'ordre de Δt^γ (trajectoires). Faible : |E[f(X_T)] − E[f(X_T^Δt)]| est de l'ordre de Δt^β (lois). Euler : γ = 1/2, β = 1. Milstein : γ = 1.
Cas exact du GBM
Pour dS = μS dt + σS dW, S_T = S_0·exp((μ − σ²/2)T + σW_T). Simuler ce schéma exact évite l'erreur de discrétisation.
Positivité
Pour dr = κ(θ − r)dt + σ√r dW (CIR), Euler peut donner des valeurs négatives. On applique par exemple r⁺ = max(r, 0) dans la diffusion et la dérive (troncature complète).

Conclusion

Discrétiser une EDS est un compromis entre précision, simplicité et coût. Euler-Maruyama suffit souvent pour estimer des espérances ; Milstein améliore les trajectoires quand la volatilité dépend de l'état.

Les tests de convergence en réduisant Δt et la comparaison à des solutions exactes restent des réflexes de validation indispensables.

Cartes

Quel est le schéma d'Euler-Maruyama ?
X_{n+1} = X_n + a·Δt + b·ΔW, où ΔW = √Δt·Z avec Z ~ N(0,1).
Quel terme distingue le schéma de Milstein ?
Le terme (1/2)·b·b'·(ΔW² − Δt), qui corrige la variation de la volatilité le long de la trajectoire.
Quel est l'ordre de convergence forte d'Euler-Maruyama ?
1/2.
Quel est l'ordre de convergence faible d'Euler-Maruyama ?
1.
Quand le terme de Milstein disparaît-il ?
Quand b est constant (b' = 0) : Milstein et Euler coïncident, par exemple pour le modèle de Vasicek.
Quelle est la solution exacte du GBM dS = μS dt + σS dW ?
S_T = S_0·exp((μ − σ²/2)T + σW_T).
Pourquoi utiliser la convergence faible pour valoriser un produit ?
Parce que seule l'espérance d'une fonction de X_T compte, pas l'exactitude de chaque trajectoire.
Quel problème pose Euler pour le modèle CIR ?
Le processus discrétisé peut devenir négatif, ce qui rend la racine carrée indéfinie.
Comment choisir le pas Δt ?
En testant la stabilité du résultat quand Δt diminue ; on arbitre entre précision et coût de calcul.

Glossaire

Mouvement brownien
Processus à accroissements indépendants et gaussiens, de variance égale à la durée.
Équation différentielle stochastique
Équation dX = a dt + b dW décrivant une dynamique perturbée par un bruit brownien.
Convergence forte
Précision mesurée sur les trajectoires, via l'erreur moyenne en valeur absolue.
Convergence faible
Précision mesurée sur les espérances de fonctions du processus.
Développement d'Itô-Taylor
Analogue stochastique du développement de Taylor, source des schémas d'ordre élevé.
Troncature complète
Méthode qui remplace par zéro les valeurs négatives dans la dérive et la diffusion d'un processus devant rester positif.