Elias : civilisation des moeurs et contrôle du corps

Sociologie · Master 1

Norbert Elias : pudeur, contrôle des pulsions et évolution des manières de table.

Introduction

Dans La civilisation des moeurs (1939), Norbert Elias analyse l'évolution des manières de manger, de se moucher, de dormir ou d'exprimer la violence en Europe, à partir de manuels de savoir-vivre du Moyen Âge à l'époque moderne. Il montre que les comportements corporels se raffinent peu à peu : les seuils de pudeur et de dégoût avancent.

Son explication est sociologique : l'État moderne monopolise la violence, les interdépendances sociales s'allongent, et les individus intériorisent des contraintes extérieures sous forme d'autocontrainte. La cour royale joue un rôle de modèle où l'on apprend à maîtriser ses affects pour réussir.

Le deck présente la thèse, ses concepts et les débats (ethnocentrisme, linéarité) et suggère des pistes d'application contemporaines.

Objectifs d'apprentissage

  • Expliquer le lien entre monopole étatique de la violence et autocontrainte
  • Définir seuil de pudeur et figuration
  • Illustrer l'évolution des manières de table avec des exemples de manuels
  • Discuter les critiques adressées à la thèse d'Elias

Concepts clés

Processus de civilisation
Évolution à long terme des comportements et des structures psychiques vers un contrôle accru des pulsions, lié à la formation des États et à l'allongement des chaînes d'interdépendance.
Autocontrainte
Contrôle de soi intériorisé : ce qui était imposé de l'extérieur (interdits, punitions) devient habitude et conscience personnelle.
Seuil de pudeur et de gêne
Frontière variable à partir de laquelle des fonctions corporelles deviennent honteuses et sont cachées.
Société de cour
Milieu où la compétition pour la faveur du roi exige une maîtrise des gestes et des paroles, et qui diffuse des modèles de civilité.
Figuration
Réseau d'interdépendances entre individus dont les actions s'enchaînent ; l'individu et la société sont inséparables.

Conclusion

Elias montre que les comportements corporels que l'on croit naturels sont l'aboutissement d'un long travail social. Le corps civilisé est un corps contenu.

À retenir : monopole de la violence, autocontrainte, seuil de pudeur, société de cour.

Cartes

Quelle est l'oeuvre principale d'Elias sur ce sujet ?
La civilisation des moeurs (1939), prolongée par La dynamique de l'Occident.
Que veut dire « processus de civilisation » ?
Un changement long du contrôle des affects, lié à l'État et aux interdépendances.
Quel rôle a le monopole étatique de la violence ?
Il pacifie les relations quotidiennes et incite à l'autocontrainte.
Qu'est-ce que l'autocontrainte ?
Le contrôle de soi intériorisé, passant de la contrainte externe à l'habitude.
Quels documents Elias utilise-t-il ?
Des manuels de savoir-vivre, dont ceux d'Érasme (De civilitate morum puerilium, 1530).
Qu'est-ce que le seuil de pudeur ?
La limite socialement variable de ce qui est montré ou caché des fonctions corporelles.
Qu'est-ce que la société de cour ?
Un espace où l'on rivalise pour la faveur du roi, d'où une maîtrise des affects et un raffinement des manières.
Qu'est-ce qu'une figuration ?
Un réseau d'individus interdépendants dont les actions s'influencent mutuellement.
Quelle critique est parfois adressée à Elias ?
Un schéma trop linéaire et centré sur l'Europe, qui pourrait hiérarchiser les cultures.

Glossaire

Civilité
Ensemble des règles de bonne conduite dans la vie sociale.
Autocontrainte
Contrôle de soi intériorisé.
Pudeur
Retenue face à l'exposition du corps.
Monopole de la violence
Concentration de la force légitime dans l'État.
Interdépendance
Dépendance réciproque entre individus et groupes.
Habitus psychique
Structure durable des affects et pulsions.