# Compliance, enquêtes internes et procédure pénale contre l'entreprise

Droit pénal & criminologie · Master 2

> Programme de conformité, enquête interne, droit de se taire et entreprise prévenue.

## Introduction

Lorsqu'une entreprise soupçonne des irrégularités en son sein, elle mène souvent une enquête interne, parfois confiée à un cabinet d'avocats ou à des auditeurs. Cette enquête sert à comprendre les faits, à décider de mesures disciplinaires, à informer les autorités de surveillance et à préparer la défense. Mais elle intervient dans un environnement juridique contraignant: les droits de la défense, la protection des données, le droit du travail et le droit pénal se croisent.

En droit suisse, l'art. 102 CP lie directement la compliance à la responsabilité pénale de l'entreprise. Pour les infractions énumérées à l'al. 2 (organisation criminelle, financement du terrorisme, blanchiment d'argent, corruption), l'entreprise répond lorsqu'elle n'a pas pris toutes les mesures d'organisation raisonnables et nécessaires pour empêcher l'infraction. Un programme de conformité effectif devient ainsi un élément de défense, et son absence un élément d'accusation.

Le CPP encadre en parallèle la position de l'entreprise prévenue: elle est représentée par une seule personne physique (art. 112 CPP), dispose des droits de la défense, et le droit de ne pas s'auto-incriminer joue un rôle décisif. Ce deck traite des tensions entre devoir de collaborer avec l'employeur, protection des travailleurs interrogés, confidentialité des échanges avec l'avocat et usage des résultats de l'enquête interne par le ministère public.

## Objectifs d'apprentissage

- Décrire les mesures d'organisation pertinentes pour l'art. 102 al. 2 CP
- Distinguer enquête interne privée et enquête pénale, et leurs règles respectives
- Analyser le conflit entre devoir de renseigner de l'employé et droit de ne pas s'auto-incriminer
- Évaluer l'étendue du secret professionnel de l'avocat sur les documents d'une enquête interne
- Expliquer la représentation de l'entreprise prévenue et ses limites (art. 112 CPP)

## Concepts clés

- **Mesures d'organisation raisonnables et nécessaires** : Pour les infractions de l'art. 102 al. 2 CP, l'entreprise doit montrer qu'elle a pris, selon le risque, les mesures qu'on pouvait raisonnablement attendre: analyse des risques, directives, formation, canal de signalement, contrôles, sanctions internes et suivi. Le critère dépend de la taille, du secteur et du risque propre de l'entreprise, non d'un catalogue unique.
- **Enquête interne** : Mesure organisée par l'entreprise pour établir des faits (entretiens, examen de documents, analyse de données). Elle n'est pas une procédure pénale: les garanties du CPP ne s'y appliquent pas telles quelles, mais le droit du travail, la protection des données et l'interdiction de la contrainte excessive limitent les mesures.
- **Devoir de renseigner et nemo tenetur** : Le travailleur doit rendre compte de son activité à l'employeur (art. 321b CO) et lui obéir. Mais lorsqu'il risque une poursuite pénale, ses déclarations faites sous la menace de sanctions soulèvent la question de leur utilisation dans la procédure pénale. L'information préalable du travailleur sur le but de l'entretien et ses droits est donc essentielle.
- **Secret professionnel de l'avocat** : Le secret protège l'activité typique d'avocat (conseil juridique, défense), non les activités commerciales ou de conformité exercées par l'avocat. Les documents d'une enquête interne ne sont pas automatiquement protégés: leur nature, leur but et leur auteur décident du sort d'une demande de séquestre ou de mise sous scellés.
- **L'entreprise prévenue (art. 112 CPP)** : L'entreprise est représentée dans la procédure par une seule personne physique habilitée à la représenter. Cette personne ne doit pas être elle-même prévenue dans la même affaire, sinon l'entreprise désigne un autre représentant. L'entreprise jouit des droits de la défense, dont celui de se taire.

## Conclusion

La compliance n'est plus seulement une affaire d'éthique d'entreprise: elle est devenue un élément central de la responsabilité pénale de l'organisation, et son contenu se mesure à l'aune du risque réel. L'enquête interne, utile mais risquée, doit être organisée avec la conscience de ses effets possibles dans une procédure pénale.

Le juriste qui conseille une entreprise doit donc raisonner sur deux plans à la fois: gérer les faits en interne et préserver les droits de la défense, en pensant d'emblée à ce que le ministère public pourra obtenir, utiliser ou contester.

## Cartes

### Pour quelles infractions l'entreprise répond-elle indépendamment de toute personne physique (art. 102 al. 2 CP) ?

Pour les infractions listées: organisation criminelle, financement du terrorisme, blanchiment d'argent, corruption d'agents publics suisses et étrangers et corruption privée, si elle n'a pas pris toutes les mesures d'organisation raisonnables et nécessaires.

### Quelle est la fonction d'un programme de conformité sous l'angle pénal ?

Il constitue la preuve concrète des mesures d'organisation prises pour prévenir l'infraction et peut exclure ou réduire la responsabilité de l'entreprise.

### Citez quatre éléments d'un programme de conformité effectif.

Analyse des risques, code de conduite et directives, formation, canal de signalement protégé, contrôles et audits, sanctions en cas de violation.

### Une enquête interne est-elle une procédure pénale ?

Non, c'est une mesure privée: les règles du CPP ne s'appliquent pas, mais le droit du travail, la protection des données et la bonne foi la limitent.

### Pourquoi informer préalablement le travailleur avant un entretien d'enquête interne ?

Pour respecter la loyauté, lui permettre d'exercer ses droits et réduire le risque que ses déclarations soient inexploitables ou contestées dans une procédure pénale.

### Quelle norme du CO oblige le travailleur à rendre compte à l'employeur ?

L'art. 321b CO: le travailleur rend compte de ce qu'il a reçu pour le compte de l'employeur et lui remet ce qui provient de son activité.

### Que protège le droit de ne pas s'auto-incriminer ?

Le prévenu (y compris l'entreprise) n'est pas tenu de contribuer à sa propre incrimination: il peut se taire et refuser de collaborer (art. 113 CPP).

### Un rapport d'enquête interne rédigé par un avocat est-il toujours couvert par le secret professionnel ?

Non: seule l'activité typique d'avocat est protégée; des tâches de conformité, d'audit ou d'exécution d'obligations légales de l'entreprise ne le sont pas nécessairement.

### Comment l'entreprise prévenue est-elle représentée selon l'art. 112 CPP ?

Par une seule personne physique habilitée, qui ne doit pas être prévenue dans la même procédure à raison des mêmes faits.

### Quelle voie utilise l'entreprise qui veut protéger des documents saisis ?

Elle demande la mise sous scellés (art. 248 CPP) et fait valoir un motif de non-exploitation, comme le secret professionnel, dans un tri judiciaire ultérieur.

### Quelle obligation pèse sur les intermédiaires financiers en cas de soupçon fondé de blanchiment ?

Une obligation de communiquer le soupçon au bureau de communication (MROS) selon la LBA, en parallèle de leur dispositif interne de conformité.

### La coopération de l'entreprise avec les autorités a-t-elle une conséquence sur la peine ?

Oui, elle peut être prise en compte dans la fixation de l'amende au titre du comportement après l'acte et du repentir, sans que le droit suisse prévoie un accord de poursuite différée.

## Glossaire

- **Compliance** : Ensemble des mesures par lesquelles une entreprise veille au respect de la loi et de ses règles internes.
- **Enquête interne** : Investigation privée menée au sein d'une organisation pour établir des faits et décider de mesures.
- **Nemo tenetur** : Principe selon lequel nul n'est tenu de s'auto-incriminer, ancré à l'art. 113 CPP.
- **Mise sous scellés** : Mesure provisoire qui empêche l'autorité pénale d'exploiter des documents tant que le tribunal des mesures de contrainte n'a pas décidé s'ils sont protégés.
- **Canal de signalement** : Voie interne, souvent confidentielle ou anonyme, permettant aux collaborateurs de signaler des irrégularités.
- **Défaut d'organisation** : Absence des mesures d'organisation raisonnables et nécessaires pour empêcher une infraction, condition de l'art. 102 CP.
- **Représentant de l'entreprise** : Personne physique unique désignée pour agir au nom de l'entreprise prévenue dans la procédure pénale.

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