Elias et Dunning: sportisation, civilisation des mœurs et violence

Sciences du sport & du mouvement · Master 1

Processus de civilisation, sportisation des jeux et violence des supporters.

Introduction

Norbert Elias et Eric Dunning ont proposé une lecture du sport comme produit d'un long processus de civilisation, c'est-à-dire d'évolution des comportements, du contrôle de la violence et de la sensibilité sociale. Les jeux traditionnels, souvent brutaux et peu codifiés, se transforment en sports modernes dotés de règles écrites, d'arbitres, d'organisations et de limites à la violence.

La sportisation désigne cette transformation : les règles se stabilisent, les affrontements se régulent, la violence physique est encadrée et les émotions trouvent un espace de décharge socialement acceptée. Le sport devient un lieu où l'on recherche une excitation contrôlée, ce que la théorie nomme quête d'excitation.

Ce cadre sert aussi à analyser la violence des supporters et des événements sportifs. Elle n'est pas considérée comme un simple dysfonctionnement individuel, mais comme liée à des configurations sociales, à des tensions identitaires et à des cultures de groupe. En Suisse, la gestion de la violence autour des matchs implique clubs, polices cantonales et dispositifs législatifs et concordataires, ce qui permet de relier théorie et débat public.

Objectifs d'apprentissage

  • Expliquer la notion de processus de civilisation selon Elias
  • Décrire la sportisation des jeux traditionnels
  • Définir la quête d'excitation et le contrôle des émotions
  • Analyser les facteurs sociaux de la violence des supporters
  • Discuter les dispositifs de régulation de la violence autour des événements sportifs en Suisse

Concepts clés

Processus de civilisation
Évolution longue vers un contrôle accru des pulsions et de la violence physique, liée à la monopolisation de la violence légitime par l'État et à l'allongement des chaînes d'interdépendance.
Sportisation
Passage des jeux traditionnels à des sports modernes caractérisés par des règles écrites, des organisations nationales, un arbitrage, une égalité des chances et une limitation de la violence.
Quête d'excitation
Les loisirs offrent des occasions de ressentir des émotions intenses dans un cadre contrôlé, ce qui compense la routine et les contraintes de la vie sociale.
Configurations et interdépendances
L'approche figurationnelle étudie des réseaux d'individus en interdépendance plutôt que des individus isolés, ce qui permet d'analyser supporters, clubs, polices et médias comme un ensemble.
Violence des supporters
Elle peut s'expliquer par des facteurs de socialisation, d'identité de groupe, de rivalité, de masculinité et de rapport aux forces de l'ordre; les analyses insistent sur la diversité des situations.
Régulation en Suisse
Mesures préventives, travail social avec les supporters, concertation entre clubs, polices et autorités; un concordat intercantonal encadre certaines mesures contre la violence lors de manifestations sportives.

Conclusion

La sociologie d'Elias et Dunning invite à penser le sport comme un espace de régulation des émotions et de la violence, issu d'une longue transformation sociale. La sportisation et la quête d'excitation offrent des clés pour comprendre l'attrait des événements sportifs.

Appliquée à la violence des supporters, cette perspective rappelle la complexité des facteurs en jeu et justifie des réponses combinant régulation, prévention et dialogue entre acteurs.

Cartes

Qui sont Elias et Dunning ?
Des sociologues associés à la sociologie figurationnelle et à l'étude du sport et de la violence.
Qu'est-ce que le processus de civilisation ?
Une évolution longue vers plus de contrôle de soi et moins de violence physique dans la vie sociale.
Qu'est-ce que la sportisation ?
La transformation de jeux traditionnels en sports modernes réglementés et organisés.
Quel rôle jouent les règles écrites ?
Elles stabilisent les pratiques, limitent la violence et permettent des compétitions à grande échelle.
Que désigne la quête d'excitation ?
La recherche d'émotions intenses dans un cadre socialement contrôlé comme le sport.
Pourquoi parler de configurations ?
Parce que les comportements sont analysés dans des réseaux d'interdépendances et non isolément.
La violence des supporters a-t-elle une cause unique ?
Non, elle résulte de facteurs multiples : identité de groupe, rivalités, contexte social et gestion de l'événement.
Quel rôle a l'État dans la thèse d'Elias ?
La monopolisation de la violence légitime contribue au contrôle des conflits et à la pacification.
Pourquoi parler de décharge d'émotions contrôlée ?
Le sport permet d'exprimer des émotions intenses sans mettre en danger l'ordre social.
Quelles institutions encadrent la violence autour des matchs en Suisse ?
Clubs, polices cantonales, ligues, autorités et un concordat intercantonal sur les mesures contre la violence.
Quelle limite peut-on signaler à la thèse d'Elias ?
On lui reproche une vision linéaire de l'histoire et des difficultés à rendre compte des retours de violence.
Quelle approche complète la répression ?
La prévention, le dialogue avec les supporters et le travail social permettent de réduire les tensions.

Glossaire

Civilisation des mœurs
Évolution des comportements vers plus de retenue.
Sportisation
Transformation de jeux en sports réglementés.
Figuration
Réseau d'individus en interdépendance.
Quête d'excitation
Recherche d'émotions intenses dans un cadre contrôlé.
Hooliganisme
Violence collective liée aux événements sportifs.
Monopole de la violence
Concentration de l'usage légitime de la force par l'État.
Travail social avec supporters
Accompagnement éducatif et préventif des groupes de fans.