Typologies de victimes et victimisation secondaire

Droit pénal & criminologie · Bachelor 3

Victimes selon Mendelsohn et von Hentig, victimisation primaire, secondaire et tertiaire.

Introduction

La victimologie étudie les victimes d'infractions, leurs caractéristiques, leurs relations avec l'auteur et leurs besoins. Née au milieu du XXe siècle avec les travaux de Benjamin Mendelsohn et de Hans von Hentig, elle a d'abord proposé des typologies de victimes selon leur degré de participation ou de vulnérabilité, avant de se déplacer vers l'étude de l'impact du crime et de l'accompagnement des personnes touchées.

Ces premières approches, centrées sur la contribution de la victime, ont été fortement critiquées pour le risque de culpabilisation. La notion de précipitation victimale doit donc être maniée avec prudence : elle ne modifie pas la responsabilité de l'auteur et ne doit jamais justifier un traitement moindre de la victime.

La victimologie moderne distingue la victimisation primaire (l'atteinte subie), la victimisation secondaire (les souffrances supplémentaires causées par la réaction de l'entourage ou des institutions, par exemple une audition maladroite) et la victimisation tertiaire (l'enfermement durable dans le rôle de victime). Elle inspire directement les droits procéduraux et le dispositif d'aide aux victimes mis en place en Suisse.

Objectifs d'apprentissage

  • Présenter les typologies classiques de victimes et en discuter les limites
  • Définir la précipitation victimale et la critique dont elle fait l'objet
  • Distinguer victimisation primaire, secondaire et tertiaire
  • Identifier les situations institutionnelles à risque de victimisation secondaire
  • Proposer des pratiques de prévention de la victimisation secondaire

Concepts clés

Typologies classiques
Mendelsohn a classé les victimes selon leur degré de culpabilité par rapport à l'infraction (de la victime innocente à la victime coupable), tandis que von Hentig s'est intéressé aux caractéristiques personnelles favorisant la victimisation (âge, isolement, état psychique). Ces typologies ont une valeur historique mais sont critiquées pour leur approche simpliste.
Précipitation victimale
L'idée que le comportement de la victime ait contribué au passage à l'acte a été développée en criminologie. Elle peut éclairer l'analyse du risque, mais elle expose au reproche de blâmer la victime et n'atténue pas la responsabilité pénale de l'auteur.
Victimisation primaire et secondaire
La victimisation primaire est le dommage direct de l'infraction. La victimisation secondaire résulte de réactions inadaptées de l'entourage, des médias ou des institutions (police, justice, services sociaux), telles qu'une incrédulité, une répétition d'auditions ou un manque d'information.
Conséquences psychotraumatiques
Une infraction grave peut provoquer un état de stress post-traumatique, de l'anxiété, de la dépression ou des troubles du sommeil. Ces atteintes peuvent affecter la capacité de la victime à témoigner ou à participer à la procédure.
Prévention de la victimisation secondaire
Elle passe par la formation des professionnels, l'information claire des victimes, des auditions adaptées, la limitation des confrontations, et un accompagnement par des services spécialisés.

Conclusion

La victimologie a déplacé le regard de l'auteur vers la victime et mis en lumière que le crime n'est pas la seule source de souffrance : la réponse sociale et institutionnelle peut aggraver ou atténuer le préjudice.

Ces connaissances fondent les droits procéduraux et les dispositifs d'aide en Suisse. Les maîtriser permet de pratiquer le droit pénal avec attention aux personnes touchées, sans jamais déplacer la responsabilité vers elles.

Cartes

Qu'étudie la victimologie ?
Les victimes d'infractions, leur rôle, leurs besoins et l'impact du crime.
Qui sont deux fondateurs de la victimologie ?
Benjamin Mendelsohn et Hans von Hentig.
Que proposait la typologie de Mendelsohn ?
Une classification selon le degré de contribution ou de culpabilité de la victime dans l'infraction.
Sur quoi se centrait von Hentig ?
Sur les caractéristiques de vulnérabilité de certaines catégories de personnes (âge, isolement, état psychique).
Qu'est-ce que la précipitation victimale ?
L'idée que le comportement de la victime ait contribué au déclenchement de l'infraction.
Pourquoi la précipitation victimale est-elle critiquée ?
Parce qu'elle risque de culpabiliser la victime et de minimiser la responsabilité de l'auteur.
Qu'est-ce que la victimisation primaire ?
Le dommage direct causé par l'infraction.
Qu'est-ce que la victimisation secondaire ?
Les souffrances supplémentaires causées par les réactions de l'entourage ou des institutions après l'infraction.
Qu'est-ce que la victimisation tertiaire ?
L'installation durable dans le rôle de victime, avec l'étiquetage et le repli qui peuvent en découler.
Donnez un exemple de victimisation secondaire dans la procédure.
Des auditions répétées, une confrontation inutile avec le prévenu ou un manque d'information.
Quelles conséquences psychiques peuvent suivre une infraction grave ?
Stress post-traumatique, anxiété, dépression, troubles du sommeil.
Comment prévenir la victimisation secondaire ?
Formation des intervenants, information claire, auditions adaptées et accompagnement spécialisé.

Glossaire

Victimologie
Discipline étudiant les victimes d'infractions et leur prise en charge.
Victimisation primaire
Atteinte directe causée par l'infraction.
Victimisation secondaire
Souffrances supplémentaires causées par les réactions de l'entourage ou des institutions.
Victimisation tertiaire
Enfermement durable dans le statut de victime.
Précipitation victimale
Hypothèse d'une contribution de la victime au passage à l'acte.
État de stress post-traumatique
Trouble psychique pouvant suivre un événement traumatisant, avec reviviscences et évitement.