Illicéité, omission et responsabilité pour acte licite

Droit public & constitutionnel · Master 2

Illicéité, omissions, actes normatifs et indemnisation du sacrifice spécial.

Introduction

L'illicéité est la condition la plus délicate de la responsabilité de l'État. La doctrine et la jurisprudence distinguent l'illicéité de l'atteinte à un droit absolu, qui suffit en elle-même, de l'illicéité d'un comportement qui lèse un simple intérêt patrimonial, laquelle suppose la violation d'une norme destinée à protéger ce bien. Cette distinction guide l'analyse de la plupart des cas.

Des situations particulières exigent une attention spécifique. L'omission n'est illicite que s'il existait un devoir d'agir. Les actes législatifs et les décisions judiciaires engagent la responsabilité de l'État de manière restrictive, pour préserver l'indépendance du pouvoir législatif et de la justice et la sécurité du droit. L'exercice du pouvoir d'appréciation n'est illicite que lorsqu'il est excédé ou abusé.

Enfin, la question se pose d'une indemnisation en l'absence d'illicéité. Le droit suisse connaît des hypothèses légales de responsabilité pour acte licite, par exemple lorsque l'activité de l'État impose à un particulier un sacrifice spécial. Ce deck de niveau Master relie ces notions à la théorie générale de l'égalité devant les charges publiques.

Objectifs d'apprentissage

  • Distinguer illicéité de résultat et illicéité de comportement
  • Appliquer les règles d'illicéité aux omissions
  • Expliquer le régime restrictif pour les actes législatifs et judiciaires
  • Décrire les hypothèses de responsabilité pour acte licite
  • Analyser le sacrifice spécial comme fondement d'indemnisation

Concepts clés

Illicéité de résultat
L'atteinte à un droit absolu (vie, intégrité corporelle, propriété) est en principe illicite en elle-même, sauf justification, par exemple si elle est fondée sur la loi.
Illicéité de comportement
Lorsque seul le patrimoine est lésé, l'acte n'est illicite que s'il viole une norme de comportement destinée à protéger le bien lésé, par exemple une règle de procédure ou de diligence.
Omission
Une omission n'est illicite que si l'État avait un devoir d'agir fondé sur une norme de protection ou une position de garant.
Actes normatifs et judiciaires
La responsabilité est limitée: une loi valable n'est pas illicite; un jugement erroné engage la responsabilité seulement s'il viole gravement des devoirs essentiels, après épuisement des voies de recours.
Acte licite et sacrifice spécial
Des cas d'indemnisation existent pour des atteintes licites qui imposent à un particulier une charge exceptionnelle et inégale, en application de l'égalité devant les charges publiques.

Conclusion

L'illicéité structure toute la responsabilité de l'État: elle se mesure à l'aune des droits absolus, des normes de protection, des devoirs d'agir et du pouvoir d'appréciation. Les actes législatifs et judiciaires bénéficient d'un régime plus restrictif.

La responsabilité pour acte licite et le sacrifice spécial complètent le tableau en rappelant que l'égalité devant les charges publiques peut justifier une indemnisation même sans illégalité.

Cartes

Quelle est la différence entre illicéité de résultat et de comportement ?
La première vise l'atteinte à un droit absolu; la seconde la violation d'une norme de protection quand seul le patrimoine est lésé.
Un dommage purement patrimonial suffit-il à l'illicéité ?
Non, il faut la violation d'une norme destinée à protéger le patrimoine.
Quand une omission est-elle illicite ?
Lorsque l'État avait un devoir d'agir fondé sur une norme ou une position de garant.
Un acte législatif valable engage-t-il la responsabilité ?
En principe non, car il est conforme à la loi; la responsabilité n'est admise que de manière restrictive.
Une décision judiciaire erronée engage-t-elle la responsabilité de l'État ?
Seulement de manière restrictive, en cas de violation grave de devoirs essentiels, après épuisement des voies de droit.
L'excès du pouvoir d'appréciation est-il illicite ?
Oui, lorsque l'autorité excède ou abuse de son pouvoir d'appréciation.
Peut-on être indemnisé pour un acte licite ?
Dans des cas particuliers, notamment en cas de sacrifice spécial imposé à un particulier.
Qu'est-ce que le sacrifice spécial ?
Une charge exceptionnelle et inégale imposée à une personne ou un groupe restreint par une activité licite de l'État.
Quel principe fonde l'indemnisation du sacrifice spécial ?
L'égalité devant les charges publiques.
La seule illégalité d'une décision suffit-elle à l'illicéité ?
Non, une décision illégale n'est pas forcément illicite au sens de la responsabilité; il faut une violation d'une norme protégeant le bien lésé.
Quel est le rôle de l'épuisement des voies de droit ?
Une décision peut devoir être contestée avant de réclamer des dommages-intérêts, pour éviter de contourner la force de chose jugée.
Les actes de pure routine sont-ils exclus ?
Non, l'activité matérielle (travaux, soins) peut engager la responsabilité si elle viole une norme de comportement.

Glossaire

Illicéité de résultat
Atteinte à un droit absolu sans justification.
Illicéité de comportement
Violation d'une norme de protection du patrimoine.
Devoir d'agir
Obligation positive de l'autorité fondée sur une norme ou une position de garant.
Pouvoir d'appréciation
Marge de décision de l'autorité dans les limites de la loi.
Sacrifice spécial
Charge exceptionnelle imposée de manière inégale à un particulier.
Acte licite
Acte conforme au droit mais causant un dommage.
Position de garant
Situation créant un devoir d'agir pour prévenir un dommage.