Théorie interprétative du sens et déverbalisation
Traduction & interprétation · Master 1
Seleskovitch et Lederer (ESIT) : comprendre, déverbaliser puis réexprimer le vouloir-dire.
Introduction
La théorie interprétative de la traduction, appelée aussi théorie du sens, a été élaborée à Paris à l'École supérieure d'interprètes et de traducteurs (ESIT) par Danica Seleskovitch et Marianne Lederer dans les années 1960-1970. Elle part de l'observation de la pratique des interprètes de conférence : on ne traduit pas des mots mais ce que l'auteur a voulu dire, le sens, que l'on reformule dans une autre langue.
Le processus se décompose en trois temps, souvent représentés par un triangle : compréhension du texte de départ, déverbalisation, réexpression. La déverbalisation désigne l'oubli de la forme linguistique pour ne retenir que le sens, fusion entre signification linguistique et compléments cognitifs (connaissances du monde et du sujet). Cette théorie s'oppose à la linguistique de la traduction, jugée trop attachée aux correspondances de langue à langue.
Elle a influencé la formation des interprètes et des traducteurs, notamment à la FTI de Genève, mais aussi suscité des critiques : la déverbalisation est difficile à prouver empiriquement et a été discutée par les sciences cognitives. Le deck présente ses concepts, sa démarche et ses limites.
Objectifs d'apprentissage
- Décrire le triangle compréhension – déverbalisation – réexpression
- Distinguer langue, discours et sens (vouloir-dire)
- Expliquer le rôle des compléments cognitifs dans la compréhension
- Situer la théorie interprétative et ses critiques dans l'histoire de la traductologie
Concepts clés
- Sens
- Fusion d'un contenu linguistique et de compléments cognitifs ; c'est lui, et non la forme, qui est traduit.
- Déverbalisation
- Phase où la forme linguistique de l'original disparaît de la conscience au profit du sens.
- Compléments cognitifs
- Connaissances encyclopédiques et contextuelles nécessaires pour comprendre le vouloir-dire.
- Triangle de la traduction
- Schéma : on passe du texte de départ au texte d'arrivée par la compréhension et la réexpression, et non par transcodage direct.
- Correspondances et équivalences
- La théorie distingue les correspondances de langue (termes, mots) des équivalences de discours, propres au texte en situation.
Conclusion
La théorie interprétative a installé l'idée que traduire, c'est comprendre puis dire, pas substituer. Elle reste une référence pédagogique pour la formation des interprètes et des traducteurs.
Ses limites empiriques invitent toutefois à la lire avec les apports des sciences cognitives et de la linguistique de corpus.
Cartes
- Qui a fondé la théorie interprétative ?
- Danica Seleskovitch et Marianne Lederer, à l'ESIT à Paris.
- Quelles sont les trois phases du processus traduisant ?
- Compréhension, déverbalisation, réexpression.
- Qu'est-ce que la déverbalisation ?
- Le moment où la forme linguistique de l'original s'efface pour ne retenir que le sens compris.
- Que sont les compléments cognitifs ?
- Connaissances du monde, du domaine et du contexte qui s'ajoutent au sens des mots pour produire le sens du discours.
- Quelle différence entre correspondance et équivalence ?
- La correspondance relie des unités de langue hors contexte ; l'équivalence relie des discours dans leur situation.
- D'où vient la théorie interprétative ?
- De l'observation de la pratique des interprètes de conférence, qui restituent le vouloir-dire de l'orateur.
- À quoi s'oppose-t-elle ?
- À l'approche linguistique de la traduction centrée sur les comparaisons de langue à langue.
- Quelle critique principale est adressée à la déverbalisation ?
- Son caractère difficile à démontrer empiriquement et l'existence de traces de la langue source dans la production.
- Comment la théorie s'applique-t-elle à la formation des traducteurs ?
- Elle invite à enseigner la compréhension du sens, l'analyse du contexte et la réexpression libre plutôt que le transcodage.
Glossaire
- Vouloir-dire
- Intention de communication de l'auteur ou de l'orateur, ce que le traducteur doit restituer.
- Déverbalisation
- Dissociation du sens de sa forme verbale lors de la compréhension.
- Compléments cognitifs
- Savoirs extra-linguistiques mobilisés pour comprendre.
- Réexpression
- Troisième phase : formulation du sens dans la langue d'arrivée.
- Transcodage
- Substitution directe d'unités de langue à langue, critiquée par la théorie du sens.
- ESIT
- École supérieure d'interprètes et de traducteurs (Paris), berceau de la théorie interprétative.
- Discours
- Unité de communication produite en situation, par opposition à la langue comme système.