Des humanities computing aux Digital Humanities

Humanités numériques · Bachelor 1

Genèse du champ : Busa, TEI, Companion de 2004, manifeste de 2010 et laboratoires suisses.

Introduction

Les humanités numériques ne naissent pas avec le web : leur préhistoire remonte à la fin des années 1940, quand le jésuite italien Roberto Busa entreprend, avec le soutien d'IBM, de produire une concordance automatisée de l'œuvre de Thomas d'Aquin, l'Index Thomisticus. Pendant des décennies, le champ s'appelle humanities computing et se concentre sur les concordances, la lexicométrie, l'attribution d'auteur et l'encodage de textes.

Le tournant institutionnel s'opère à partir des années 1980-1990 : fondation de la Text Encoding Initiative (1987), création d'associations et de revues, puis généralisation du web. Le terme Digital Humanities s'impose au début des années 2000, notamment avec le volume A Companion to Digital Humanities (2004), et se politise avec le Manifeste des Digital Humanities rédigé lors du THATCamp de Paris en 2010.

En Suisse romande, ce champ est notamment incarné par le Laboratoire d'humanités numériques (DHLAB) de l'EPFL, animé par Frédéric Kaplan, et son projet Venice Time Machine consacré à la numérisation et à l'exploitation des archives vénitiennes.

Objectifs d'apprentissage

  • Situer chronologiquement les grandes étapes du champ, de Busa aux Digital Humanities
  • Expliquer pourquoi le terme humanities computing a été remplacé par Digital Humanities
  • Identifier les institutions et projets structurants (TEI, ADHO, THATCamp, DHLAB)
  • Discuter les tensions entre outils, méthodes et questions de recherche en lettres

Concepts clés

Humanities computing
Dénomination dominante jusqu'au début des années 2000 : usage de l'informatique pour des tâches précises (concordances, statistiques lexicales, encodage de textes).
Tournant des Digital Humanities
Élargissement vers le web, les corpus massifs, la visualisation, les données ouvertes et les pratiques collaboratives ; le Companion de 2004 en est un jalon.
Le manifeste de 2010
Rédigé au THATCamp Paris, il défend des humanités numériques ouvertes, collaboratives et attentives aux savoirs publics.
Infrastructures et communautés
Associations (ADHO, fondée en 2005), revues, consortiums comme la TEI et laboratoires universitaires fédèrent les pratiques et les standards.

Conclusion

Les humanités numériques sont le produit d'une histoire longue : des concordances mécanographiques de Busa aux infrastructures ouvertes d'aujourd'hui, elles ont déplacé la frontière entre outils et interprétation. Connaître cette histoire aide à comprendre pourquoi le champ est à la fois technique, critique et collaboratif.

Pour l'étudiant en lettres, l'enjeu est de savoir situer un projet dans cette généalogie, d'en repérer les standards (TEI) et les acteurs, et de garder une distance critique à l'égard des promesses du numérique.

Cartes

Qui est Roberto Busa et pourquoi est-il considéré comme un pionnier ?
Jésuite italien qui, à partir de 1949, lance avec IBM l'indexation automatique de l'œuvre de Thomas d'Aquin (Index Thomisticus), souvent citée comme acte fondateur du domaine.
Quel était le nom usuel du champ avant l'adoption de Digital Humanities ?
Humanities computing.
Que désigne l'acronyme THATCamp ?
The Humanities And Technology Camp : rencontre informelle (unconference) de chercheurs, bibliothécaires et développeurs ; celui de Paris (2010) a vu naître un manifeste.
Quel ouvrage de 2004 a contribué à stabiliser le terme Digital Humanities ?
A Companion to Digital Humanities, dirigé par Susan Schreibman, Ray Siemens et John Unsworth.
Quand et pourquoi la Text Encoding Initiative a-t-elle été lancée ?
En 1987 (réunion de Poughkeepsie), pour définir un format commun d'encodage des textes en sciences humaines, afin d'échanger et de réutiliser les données.
Qu'est-ce que le DHLAB de l'EPFL ?
Laboratoire d'humanités numériques de l'EPFL (Frédéric Kaplan), connu notamment pour la Venice Time Machine, qui numérise et analyse les archives de Venise.
Que reproche-t-on parfois aux premières approches d'humanities computing ?
D'être centrées sur des outils et des tâches techniques (concordances, statistiques) au détriment de questions interprétatives et critiques propres aux lettres.
Qu'est-ce qui distingue numérisation et humanités numériques ?
Numériser consiste à produire une copie numérique ; les humanités numériques ajoutent l'analyse, l'annotation, la modélisation et la publication scientifique de ces données.
Pourquoi parle-t-on d'un champ interdisciplinaire ?
Parce qu'il réunit des chercheurs en lettres, histoire, informatique, bibliothéconomie et sciences de l'information autour de projets communs.

Glossaire

Index Thomisticus
Concordance électronique de l'œuvre de Thomas d'Aquin et de textes apparentés, conçue par Roberto Busa.
Humanities computing
Ancienne appellation du champ, axée sur les méthodes computationnelles appliquées aux textes.
THATCamp
Rencontre participative et non hiérarchique entre acteurs des humanités et des technologies.
ADHO
Alliance of Digital Humanities Organizations, fédération d'associations d'humanités numériques.
TEI
Standard d'encodage XML de textes pour les sciences humaines, maintenu par le TEI Consortium.
Venice Time Machine
Projet de numérisation et de structuration de l'histoire de Venise à partir de ses archives, associé à l'EPFL.