Théorie interprétative du sens : Seleskovitch et Lederer

Traduction & interprétation · Master 1

École de Paris : compréhension, déverbalisation et réexpression du vouloir-dire.

Introduction

La théorie interprétative, ou théorie du sens, naît à l'École supérieure d'interprètes et de traducteurs (ESIT) de Paris à partir de l'observation de l'interprétation de conférence. Danica Seleskovitch en pose les bases, puis Marianne Lederer l'étend à la traduction écrite, notamment dans Interpréter pour traduire (1984, avec Seleskovitch) et La traduction aujourd'hui (1994).

Son idée centrale est que traduire ne consiste pas à passer d'une langue à une autre mais à comprendre un vouloir-dire dans un discours, puis à le réexprimer dans une autre langue. Entre les deux, le sens se dégage de la forme verbale d'origine : c'est la déverbalisation.

Ce deck présente le triangle compréhension-déverbalisation-réexpression, les notions de sens, de compléments cognitifs et de bagage cognitif, ainsi que les critiques adressées à la théorie.

Objectifs d'apprentissage

  • Décrire les trois phases du modèle interprétatif
  • Distinguer sens, signification et correspondance de langue
  • Définir le bagage cognitif et les compléments cognitifs
  • Discuter les critiques et prolongements cognitifs du modèle

Concepts clés

Triangle interprétatif
Compréhension du texte source, déverbalisation, puis réexpression dans la langue cible.
Déverbalisation
Moment où le sens se dissocie de la forme linguistique d'origine pour exister sous forme de représentation non verbale.
Sens et signification
La signification appartient à la langue ; le sens naît du discours en situation, c'est le vouloir-dire de l'auteur.
Bagage cognitif
Connaissances générales et spécialisées que le traducteur mobilise pour comprendre le discours.

Conclusion

La théorie interprétative a imposé l'idée que traduire est un acte de compréhension avant d'être un transfert de mots. Elle reste très influente dans la formation en interprétation et en traduction, notamment à Genève et à Paris.

La recherche cognitive actuelle la complète par des études empiriques sur le processus de traduction.

Cartes

Où est née la théorie interprétative ?
À l'ESIT, à Paris, à partir de l'observation de l'interprétation de conférence.
Quelles sont les trois phases du modèle ?
Compréhension, déverbalisation, réexpression.
Que signifie déverbaliser ?
Se détacher de la forme verbale du texte source pour retenir la représentation du sens avant de le réexprimer.
Quelle différence entre sens et signification ?
La signification est le contenu lexical ou grammatical lié aux langues ; le sens est le vouloir-dire contextualisé dans un discours.
Que sont les compléments cognitifs ?
Les connaissances non linguistiques (contextuelles et encyclopédiques) qui s'ajoutent à la signification pour construire le sens.
Qu'est-ce qu'une équivalence de discours ?
Un rapport de sens entre deux énoncés en situation, par opposition aux correspondances de langue, qui sont des équivalents hors contexte.
Quelles sont les principales critiques du modèle ?
La déverbalisation est difficile à observer empiriquement, le modèle s'appuie surtout sur l'interprétation et sur l'introspection, et il minimise les contraintes de la forme.
Quel modèle cognitif complète cette approche pour l'interprétation ?
Le modèle d'efforts de Daniel Gile, qui décrit la répartition limitée de l'attention entre écoute, production, mémoire et coordination.

Glossaire

Vouloir-dire
Intention de communication de l'auteur, que le traducteur doit saisir.
Déverbalisation
Dégagement du sens hors des formes linguistiques de la langue source.
Correspondance de langue
Équivalent établi entre deux langues hors contexte.
Équivalence de discours
Rapport de sens entre deux formulations en situation.
Bagage cognitif
Connaissances générales et spécialisées du traducteur.
Réexpression
Formulation du sens dans la langue cible, conforme à ses usages.