Marchés publics: aptitude, critères d'adjudication et exclusion

Droit public & constitutionnel · Master 1

Critères d'aptitude et d'adjudication, offre la plus avantageuse, motifs d'exclusion

Introduction

Une fois la procédure choisie, l'adjudicateur doit sélectionner l'offre retenue en suivant une démarche structurée. Il distingue d'abord les critères d'aptitude, qui portent sur le soumissionnaire (capacité financière, économique, technique et organisationnelle, références), des critères d'adjudication, qui portent sur l'offre elle-même. Cette distinction est un pilier du droit des marchés publics : les critères d'aptitude servent à vérifier que le soumissionnaire est apte à exécuter le marché, alors que les critères d'adjudication servent à comparer les offres entre elles.

La révision de 2019, qui a abouti à l'AIMP 2019 et à la LMP révisée, a renforcé le rôle de la qualité. Le marché est adjugé à l'offre la plus avantageuse et non plus à l'offre économiquement la plus avantageuse, ce qui permet de donner du poids à des critères tels que la qualité, le délai, la durabilité, le coût du cycle de vie, la créativité ou le service après-vente. Le prix ne doit pas être le critère exclusif lorsque la qualité a de l'importance. L'adjudicateur doit annoncer les critères et leur pondération dans l'appel d'offres ou les documents d'appel d'offres, et il est ensuite tenu de s'y conformer.

L'adjudicateur doit aussi exclure ou écarter certains soumissionnaires. Les motifs d'exclusion visent notamment le non-respect des conditions de participation, le non-paiement des impôts et des cotisations sociales, la violation des dispositions sur la protection des travailleurs et les conditions de travail, ou encore les accords illicites en matière de concurrence. Ces règles expriment l'exigence d'intégrité et de lutte contre le dumping dans la commande publique.

Objectifs d'apprentissage

  • Distinguer critères d'aptitude et critères d'adjudication
  • Expliquer la notion d'offre la plus avantageuse et son lien avec la qualité et la durabilité
  • Décrire les exigences de transparence sur les critères et leur pondération
  • Identifier les principaux motifs d'exclusion d'un soumissionnaire
  • Analyser les conséquences d'un changement de critères en cours de procédure

Concepts clés

Critères d'aptitude
Ils concernent le soumissionnaire et visent à s'assurer de sa capacité financière, économique, technique et organisationnelle à exécuter le marché. Ils fonctionnent comme des conditions de participation éliminatoires: l'aptitude est remplie ou non, sans pondération.
Critères d'adjudication
Ils concernent l'offre et permettent de comparer les propositions. Ils peuvent inclure le prix, la qualité, les délais, l'adéquation, la durabilité, le coût du cycle de vie, l'esthétique, la créativité ou la plausibilité de l'offre.
Offre la plus avantageuse
Depuis la révision de 2019, le marché est adjugé à l'offre la plus avantageuse, soit celle qui présente le meilleur rapport entre les critères définis. Le prix n'est plus nécessairement décisif, et la qualité peut occuper une place importante.
Transparence des critères et de leur pondération
L'adjudicateur doit indiquer à l'avance les critères d'adjudication et leur pondération, ainsi que les critères d'aptitude. Il ne peut pas les modifier en cours de procédure ni appliquer des sous-critères non annoncés qui auraient un poids déterminant.
Exclusion du soumissionnaire
L'adjudicateur peut exclure ou écarter un soumissionnaire qui ne remplit pas les conditions de participation, a fourni de fausses indications, n'a pas payé ses impôts ou cotisations sociales, ou a violé des règles en matière de protection des travailleurs ou de concurrence.

Conclusion

Les règles sur l'aptitude, les critères d'adjudication et l'exclusion structurent l'évaluation des offres. En séparant clairement les conditions que doit remplir le soumissionnaire de la comparaison des offres, le droit des marchés publics garantit l'égalité de traitement et la prévisibilité de la procédure.

La révision de 2019 a déplacé le centre de gravité du prix vers la qualité et la durabilité avec la notion d'offre la plus avantageuse, tout en renforçant l'intégrité par les motifs d'exclusion. Ces règles sont au coeur du contentieux, car les critères et leur application sont les points les plus souvent attaqués par les soumissionnaires évincés.

Cartes

Quelle est la différence entre aptitude et adjudication ?
L'aptitude concerne le soumissionnaire (sa capacité à exécuter le marché), l'adjudication concerne l'offre elle-même (sa comparaison avec les autres offres).
Peut-on utiliser un critère d'aptitude comme critère d'adjudication ?
En principe non : mélanger aptitude et adjudication est une erreur, car les critères d'aptitude sont des conditions de participation qui ne doivent pas être pondérées dans la comparaison des offres.
Que couvrent les critères d'aptitude ?
La capacité financière, économique, technique et organisationnelle du soumissionnaire, ainsi que ses références.
À quelle offre le marché est-il adjugé depuis 2019 ?
À l'offre la plus avantageuse, c'est-à-dire celle qui offre le meilleur rapport selon les critères d'adjudication annoncés.
Citez des critères d'adjudication possibles.
Le prix, la qualité, les délais, l'adéquation, la durabilité, le coût du cycle de vie, la plausibilité de l'offre, le service après-vente, la créativité.
Pourquoi le prix ne doit-il pas être le seul critère ?
Parce que le droit révisé vise un rapport qualité-prix et la durabilité; un critère exclusivement fondé sur le prix ne se justifie que pour des prestations standardisées.
Que doit annoncer l'adjudicateur sur les critères ?
Les critères d'aptitude, les critères d'adjudication et leur pondération, dans l'appel d'offres ou les documents d'appel d'offres.
L'adjudicateur peut-il modifier les critères après l'ouverture des offres ?
Non, une telle modification violerait la transparence, l'égalité de traitement et le principe de la bonne foi.
Citez un motif d'exclusion d'un soumissionnaire.
Le non-paiement des impôts ou des cotisations sociales, la violation de la protection des travailleurs ou des conditions de travail, de fausses indications ou un accord illicite en matière de concurrence.
Quel principe protège la comparaison équitable entre offres ?
L'égalité de traitement des soumissionnaires, qui impose d'appliquer les mêmes critères et règles à tous.
Qu'est-ce qu'une offre anormalement basse ?
Une offre dont le prix paraît invraisemblable au regard de la prestation, que l'adjudicateur peut examiner et écarter si le soumissionnaire ne justifie pas la fiabilité de son prix.
Que signifie le respect des conditions de travail dans les marchés publics ?
Les soumissionnaires doivent respecter les dispositions relatives à la protection des travailleurs, aux conditions de travail et à l'égalité de traitement entre femmes et hommes au lieu d'exécution.

Glossaire

Critère d'aptitude
Exigence relative à la capacité du soumissionnaire d'exécuter le marché, appréciée de manière éliminatoire.
Critère d'adjudication
Critère servant à évaluer et à comparer les offres, annoncé avec sa pondération.
Offre la plus avantageuse
Offre qui présente le meilleur rapport entre les critères d'adjudication annoncés, remplaçant la notion d'offre économiquement la plus avantageuse.
Pondération
Poids relatif attribué à chaque critère d'adjudication dans l'évaluation des offres.
Exclusion
Mesure par laquelle l'adjudicateur écarte un soumissionnaire de la procédure pour un motif prévu par la loi.
Offre anormalement basse
Offre dont le prix est manifestement trop bas pour permettre une exécution conforme, pouvant être écartée.
Égalité de traitement
Principe imposant d'appliquer les mêmes règles à tous les soumissionnaires et de ne pas favoriser l'un d'eux.