La querelle des universaux : réalisme, conceptualisme et nominalisme
Philosophie · Master 1
Porphyre, Boèce, Abélard, Duns Scot et Ockham : le statut des genres et des espèces.
Introduction
Au début de l'Isagoge, Porphyre (IIIe s.) pose trois questions : les genres et les espèces existent-ils par eux-mêmes ou seulement dans l'intellect ? Sont-ils corporels ou incorporels ? Sont-ils séparés des choses sensibles ou en elles ? Boèce traduit et commente ce texte, qui devient le point de départ d'une longue controverse médiévale.
Du réalisme excessif (Guillaume de Champeaux, selon Abélard) au nominalisme de Roscelin, puis à la solution abélardienne (l'universel est un mot signifiant, un sermo) et à la voie moderne d'Ockham (XIVe s.), la querelle engage logique, sémantique et ontologie. Elle prépare la distinction moderne entre langage et réalité et irrigue les débats analytiques sur les propriétés.
Objectifs d'apprentissage
- Énoncer les trois questions de Porphyre
- Distinguer réalisme, conceptualisme et nominalisme
- Présenter les positions d'Abélard, Duns Scot et Ockham
- Relier la querelle à la logique et à l'ontologie contemporaines
Concepts clés
- Les trois questions de Porphyre
- Existence des universaux (subsistent-ils ou sont-ils de simples pensées ?), corporéité, séparation ou inhérence aux sensibles. Boèce choisit la réponse aristotélicienne : ils subsistent dans les sensibles mais sont conçus à part.
- Réalisme
- Les universaux existent réellement, soit avant les choses (platonisme), soit dans les choses (réalisme aristotélicien).
- Nominalisme
- Seuls des individus existent ; les universaux sont des noms (flatus vocis chez Roscelin selon ses adversaires) ou des termes.
- Abélard
- L'universel est ce qui est prédicable de plusieurs ; c'est un mot (sermo) significatif, fondé sur la ressemblance (status) des choses, et non une res.
- Ockham
- Seuls les individus existent ; les universaux sont des signes mentaux naturels (concepts) qui signifient plusieurs individus. Principe d'économie : « on ne doit pas multiplier les êtres sans nécessité ».
Conclusion
La querelle des universaux montre comment la logique devient ontologie. Elle ne se résout pas par un seul argument mais par des constructions sémantiques de plus en plus fines.
Elle conserve une pertinence évidente dans la philosophie analytique du langage et de la métaphysique.
Cartes
- Qui pose les trois questions sur les universaux ?
- Porphyre dans l'Isagoge, introduction aux Catégories d'Aristote.
- Quel rôle joue Boèce ?
- Il traduit l'Isagoge en latin et la commente, transmettant ces questions au Moyen Âge.
- Qu'est-ce que le réalisme des universaux ?
- La thèse selon laquelle les universaux existent réellement, indépendamment ou dans les choses.
- Quelle est la position de Roscelin selon ses critiques ?
- Les universaux ne sont que des émissions de voix (flatus vocis).
- Comment Abélard décrit-il l'universel ?
- Comme un mot prédicable de plusieurs, fondé sur la ressemblance réelle des individus.
- Quelle est la thèse de Duns Scot sur la nature commune ?
- Elle a une unité moindre que l'unité numérique ; elle est contractée en individu par l'haeccéité.
- Que signifie le « rasoir d'Ockham » ?
- Ne pas multiplier les entités sans nécessité.
- Pour Ockham, qu'est-ce qu'un universel ?
- Un concept ou un terme mental qui signifie plusieurs individus, non une chose extra-mentale.
- Qu'est-ce que le conceptualisme ?
- La thèse que les universaux sont des concepts de l'esprit, sans existence extra-mentale propre.
- Pourquoi la querelle est-elle importante pour la logique ?
- Elle engage la théorie de la signification, de la supposition des termes et de la prédication.
Glossaire
- Isagoge
- Introduction de Porphyre aux Catégories d'Aristote.
- Universel
- Ce qui peut être attribué à plusieurs.
- Haeccéité
- Principe d'individuation chez Duns Scot.
- Supposition
- Propriété d'un terme de tenir lieu de quelque chose dans une proposition.
- Nominalisme
- Doctrine refusant l'existence des universaux.
- Via moderna
- Courant nominaliste des XIVe-XVe siècles.
- Individuation
- Principe qui fait d'une nature commune un individu.