# Candidoses et aspergilloses invasives chez l'hôte immunodéprimé

Microbiologie & immunologie · Master 1

> Candida et Aspergillus chez l'hôte immunodéprimé : facteurs de risque, diagnostic et traitement.

## Introduction

Les infections fongiques invasives sont devenues une cause majeure de morbidité et de mortalité en milieu hospitalier, en parallèle de l'augmentation des populations à risque : patients d'hématologie, receveurs de greffes d'organe solide ou de cellules souches, patients de soins intensifs, traitements immunosuppresseurs et biothérapies. Deux genres dominent : Candida, levure commensale des muqueuses digestives qui devient pathogène lorsque les barrières sont rompues, et Aspergillus, moisissure ubiquitaire dont les conidies sont inhalées quotidiennement.

Le diagnostic repose sur un faisceau d'arguments cliniques, d'imagerie, de culture et de marqueurs non culturaux (hémocultures, β-D-glucane, galactomannane, PCR). Le délai thérapeutique est déterminant : un retard de traitement antifongique dans une candidémie augmente nettement la mortalité. En Suisse, la surveillance et la prévention de ces infections s'inscrivent dans la gestion hospitalière des infections associées aux soins, avec des centres universitaires disposant de laboratoires de mycologie de référence.

Ce deck, de niveau Master, approfondit la physiopathologie, les facteurs de risque, les outils diagnostiques et les grandes lignes thérapeutiques des deux entités.

## Objectifs d'apprentissage

- Expliquer comment Candida passe du statut de commensal à celui de pathogène invasif
- Identifier les facteurs de risque de l'aspergillose pulmonaire invasive
- Choisir l'outil diagnostique adapté (culture, β-D-glucane, galactomannane, imagerie)
- Décrire les principes du traitement antifongique des candidémies et de l'aspergillose invasive

## Concepts clés

- **Candida, commensal opportuniste** : Candida albicans colonise les muqueuses digestives et génitales. L'invasion survient lors de rupture de barrière (chirurgie abdominale, cathéters veineux centraux), de neutropénie ou d'antibiothérapie à large spectre qui déséquilibre la flore.
- **Formation de biofilms** : Sur les cathéters et prothèses, Candida forme des biofilms protégés par une matrice extracellulaire, très tolérants aux antifongiques ; le retrait du matériel infecté fait partie du traitement.
- **Aspergillus fumigatus** : Les conidies de 2 à 3 µm atteignent les alvéoles. Chez le neutropénique, les hyphes septés à ramification dichotomique à 45° envahissent les vaisseaux (angio-invasion), provoquant nécrose et infarctus pulmonaires.
- **Marqueurs sériques non culturaux** : Le (1,3)-β-D-glucane est un marqueur panfongique (sauf Mucorales et Cryptococcus) ; le galactomannane est plus spécifique d'Aspergillus et se dose dans le sérum ou le lavage bronchoalvéolaire.
- **Résistances émergentes** : Candida glabrata (réduction de sensibilité au fluconazole), Candida auris (multirésistant, transmission nosocomiale) et la résistance azolée d'A. fumigatus liée à l'usage agricole de fongicides sont des enjeux croissants.

## Conclusion

Les infections fongiques invasives exigent un diagnostic précoce et une prise en charge rapide combinant traitement antifongique et contrôle de la source. La vigilance face aux résistances reste centrale.

## Cartes

### Quel est le principal réservoir de Candida albicans chez l'humain ?

Les muqueuses digestive, orale et génitale, où il vit en commensal chez une grande partie de la population saine.

### Quels facteurs favorisent une candidémie à l'hôpital ?

Cathéters veineux centraux, chirurgie abdominale, nutrition parentérale, antibiothérapie à large spectre, neutropénie et séjour prolongé en soins intensifs.

### Quelle est la morphologie d'Aspergillus en examen direct ?

Filaments mycéliens septés, hyalins, à ramification dichotomique régulière d'environ 45°.

### Pourquoi les hémocultures sont-elles insuffisantes pour diagnostiquer une aspergillose invasive ?

Aspergillus est très rarement retrouvé dans le sang ; il faut recourir au galactomannane, à l'imagerie (scanner thoracique) et à la culture ou PCR sur prélèvement respiratoire.

### Que mesure le test du (1,3)-β-D-glucane ?

Un composant de la paroi de la plupart des champignons ; il est positif dans les candidoses et aspergilloses invasives mais pas pour les Mucorales ni Cryptococcus.

### Quel signe scanographique est évocateur d'aspergillose invasive précoce ?

Le signe du halo (nodule entouré d'un verre dépoli hémorragique), suivi plus tardivement du signe du croissant d'air.

### Quel est le traitement de première intention d'une candidémie selon les recommandations actuelles ?

Une échinocandine (caspofungine, micafungine, anidulafungine), avec ablation des cathéters veineux et contrôle des hémocultures.

### Quel antifongique est le traitement de référence de l'aspergillose invasive ?

Le voriconazole ou l'isavuconazole (azolés actifs sur les moisissures) ; l'amphotéricine B liposomale est une alternative.

### Pourquoi Candida auris inquiète-t-il les hygiénistes ?

Il est souvent multirésistant, persiste sur les surfaces et se transmet entre patients, ce qui impose des précautions de contact strictes et un dépistage.

## Glossaire

- **Candidémie** : Présence de Candida dans au moins une hémoculture, toujours considérée comme significative.
- **Galactomannane** : Polyoside de la paroi d'Aspergillus libéré lors de la croissance, détectable par test immuno-enzymatique.
- **Angio-invasion** : Envahissement des parois vasculaires par les hyphes, cause de thromboses et d'infarctus tissulaires.
- **Échinocandine** : Classe d'antifongiques inhibant la synthèse du (1,3)-β-D-glucane de la paroi fongique.
- **Biofilm** : Communauté microbienne adhérant à une surface et enrobée d'une matrice protectrice.
- **Neutropénie** : Diminution du nombre de polynucléaires neutrophiles sous 0,5 G/L, facteur de risque majeur d'infection fongique.

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