# Anomie, École de Chicago et association différentielle

Droit pénal & criminologie · Bachelor 3

> Théories sociologiques du crime : Durkheim, Merton, Chicago, Sutherland et Hirschi.

## Introduction

Au XXe siècle, la criminologie se détourne de l'étude des caractères individuels pour expliquer le crime par la société. Les théories sociologiques partent de l'idée que la délinquance n'est pas seulement le fait d'individus déviants, mais le produit de structures sociales, de milieux de vie et d'apprentissages. Elles influencent encore aujourd'hui la politique criminelle, notamment en matière de prévention et d'aménagement urbain.

Émile Durkheim a introduit la notion d'anomie, état de déréglementation sociale où les normes ne guident plus les comportements. Robert Merton en a tiré une théorie de la tension : lorsque la société valorise des buts, comme la réussite matérielle, sans offrir à tous les moyens légitimes de les atteindre, certains innovent par des voies illégales. L'École de Chicago, avec Shaw et McKay, a montré que la délinquance se concentre dans les zones de transition urbaine marquées par la désorganisation sociale. Edwin Sutherland a proposé la théorie de l'association différentielle, selon laquelle le crime s'apprend dans l'interaction avec des proches, et il a ouvert l'étude de la criminalité en col blanc. Travis Hirschi a renversé la question : pourquoi les gens ne commettent-ils pas de crime ? Parce qu'ils sont liés à la société.

Ces théories sont indispensables pour comprendre les politiques de prévention, d'intégration et de lutte contre la criminalité économique. Elles invitent le juriste à replacer les infractions dans leur contexte social sans effacer la responsabilité individuelle.

## Objectifs d'apprentissage

- Expliquer la notion d'anomie chez Durkheim et la théorie de la tension de Merton
- Décrire l'apport de l'École de Chicago et de la désorganisation sociale
- Présenter la théorie de l'association différentielle de Sutherland
- Résumer la théorie du contrôle social de Hirschi
- Comparer ces théories et en discuter les implications en politique criminelle

## Concepts clés

- **L'anomie de Durkheim** : L'anomie désigne la perte de repères normatifs en période de bouleversement social. Pour Durkheim, le crime est un fait social normal dans toute société, mais un taux excessif révèle un dérèglement. L'absence de régulation conduit à des comportements déviants.
- **La tension de Merton** : Merton distingue les buts culturels et les moyens institutionnalisés. Quand l'écart est trop grand, cinq adaptations apparaissent : conformité, innovation, ritualisme, évasion et rébellion. L'innovation, où l'on poursuit les buts par des moyens illégaux, est la plus liée au crime.
- **L'École de Chicago et la désorganisation sociale** : Autour de Park et Burgess, puis de Shaw et McKay, l'École de Chicago étudie la ville comme un écosystème. La délinquance se concentre dans les zones de transition, caractérisées par la pauvreté, la mobilité résidentielle et l'hétérogénéité ethnique, qui affaiblissent le contrôle social informel.
- **L'association différentielle de Sutherland** : Pour Edwin Sutherland, le comportement criminel s'apprend par interaction avec des personnes qui valorisent la violation de la loi plus que son respect. La théorie explique aussi la criminalité en col blanc, qu'il a introduite en 1939 et qui montre que le crime n'est pas réservé aux pauvres.
- **Le contrôle social de Hirschi** : Travis Hirschi soutient que les individus sont retenus de délinquer par leurs liens avec la société : attachement aux proches, engagement dans des activités conventionnelles, implication dans le temps consacré à ces activités et croyance dans la légitimité des normes. Quand ces liens s'affaiblissent, le risque de déviance augmente.

## Conclusion

Les théories sociologiques déplacent l'attention de l'individu vers le contexte : normes, milieu urbain, apprentissages et liens sociaux. L'anomie, la tension, la désorganisation sociale, l'association différentielle et le contrôle social offrent des lectures complémentaires qui ont structuré la criminologie moderne et nourri les politiques de prévention.

Pour le juriste suisse, elles fournissent un cadre d'analyse des phénomènes de délinquance juvénile, de criminalité économique et de récidive, et rappellent que la réponse pénale doit s'accompagner d'actions d'intégration, de formation et de soutien social.

## Cartes

### Que désigne l'anomie chez Durkheim ?

Un état de déréglementation sociale où les normes ne guident plus les comportements, notamment lors de crises ou de changements rapides.

### Pourquoi Durkheim considère-t-il le crime comme un fait social normal ?

Parce qu'il existe dans toute société et qu'il contribue à clarifier les normes ; c'est son taux excessif qui révèle une pathologie sociale.

### Quelles sont les cinq adaptations de Merton ?

La conformité, l'innovation, le ritualisme, l'évasion et la rébellion.

### Quelle adaptation de Merton correspond le plus à la criminalité lucrative ?

L'innovation : on accepte le but culturel de la réussite matérielle mais on recourt à des moyens illégaux.

### Qu'a montré l'École de Chicago sur la répartition spatiale du crime ?

Que la délinquance se concentre dans certaines zones urbaines de transition, indépendamment des groupes qui y résident, ce qui renvoie à des facteurs structurels.

### Qu'est-ce que la désorganisation sociale ?

L'incapacité d'une communauté à maintenir un contrôle social informel, en raison de la pauvreté, de la mobilité résidentielle et de l'hétérogénéité sociale.

### Que postule la théorie de l'association différentielle ?

Que le comportement criminel s'apprend dans l'interaction avec des proches, comme tout autre comportement, y compris les techniques et les justifications.

### Qu'est-ce que la criminalité en col blanc ?

Des infractions commises par des personnes respectables et de statut social élevé dans l'exercice de leur profession, notion introduite par Sutherland en 1939.

### Que signifie la théorie des sous-cultures délinquantes ?

Que des groupes de jeunes, privés d'accès aux voies de réussite classiques, élaborent leurs propres valeurs, parfois opposées à celles de la société dominante.

### Quelle question pose Hirschi ?

Non pas pourquoi certains délinquent, mais pourquoi la plupart des gens ne délinquent pas, la réponse étant leur lien avec la société.

### Quels sont les quatre éléments du lien social chez Hirschi ?

L'attachement, l'engagement, l'implication et la croyance.

### Quelle implication de politique criminelle ressort de ces théories ?

Qu'il faut agir sur l'intégration sociale, l'école, le quartier et l'emploi pour prévenir la délinquance, et pas seulement sur la sanction individuelle.

## Glossaire

- **Anomie** : Situation de déréglementation normative où les règles sociales n'orientent plus efficacement les comportements.
- **Théorie de la tension** : Explication selon laquelle l'écart entre buts culturels et moyens légitimes pousse certains individus à adopter des conduites déviantes.
- **Désorganisation sociale** : Affaiblissement des institutions et du contrôle informel dans un quartier, favorisant la délinquance.
- **Zone de transition** : Quartier urbain situé entre le centre d'affaires et les zones résidentielles, marqué par la mobilité et la pauvreté, identifié par l'École de Chicago.
- **Association différentielle** : Processus d'apprentissage du crime au sein de groupes proches, où dominent les définitions favorables à la violation de la loi.
- **Criminalité en col blanc** : Ensemble d'infractions commises par des personnes de statut social élevé dans l'exercice de leur activité professionnelle.
- **Sous-culture délinquante** : Système de valeurs propre à un groupe, souvent de jeunes, qui s'oppose aux normes dominantes et valorise des conduites déviantes.
- **Théorie du contrôle social** : Approche selon laquelle la conformité résulte de liens solides avec la société, et non d'une motivation particulière à agir.

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