# Risque de confusion et procédure d'opposition en droit des marques

Droit du numérique & propriété intellectuelle · Bachelor 3

> Motifs relatifs (art. 3 LPM), similarité des signes et produits, opposition devant l'IPI et recours.

## Introduction

À côté des motifs absolus examinés d'office, le droit suisse des marques connaît des motifs relatifs d'exclusion, qui tiennent aux droits antérieurs de tiers. L'art. 3 LPM exclut de la protection tout signe identique à une marque antérieure et destiné à des produits ou services identiques, ainsi que tout signe identique ou similaire à une marque antérieure pour des produits ou services identiques ou similaires lorsqu'il en résulte un risque de confusion. L'Institut fédéral de la propriété intellectuelle n'examine pas ces motifs d'office : c'est aux titulaires de marques antérieures de réagir par la procédure d'opposition.

Le risque de confusion se juge selon une analyse en deux volets, souvent présentée comme une interaction : plus les produits sont proches, plus les signes doivent être éloignés pour exclure la confusion, et inversement. On apprécie l'impression d'ensemble des signes sur les plans visuel, sonore et du sens, du point de vue du consommateur moyen qui garde le plus souvent un souvenir imparfait. La force de la marque antérieure joue un rôle : une marque forte (de fantaisie, bien connue) bénéficie d'un périmètre de protection plus large, une marque faible d'un périmètre étroit. On distingue la confusion directe (prendre un signe pour l'autre) de la confusion indirecte (croire à un lien économique ou organisationnel).

La procédure d'opposition est une voie rapide et administrative : le titulaire d'une marque antérieure dispose de trois mois dès la publication de l'enregistrement pour déposer une opposition auprès de l'IPI. Celle-ci peut être précédée de l'exigence de la preuve de l'usage de la marque antérieure lorsque son délai de carence est échu. La décision peut être contestée devant le Tribunal administratif fédéral, puis le Tribunal fédéral. Les actions civiles en nullité ou en cessation devant les tribunaux cantonaux restent ouvertes en parallèle.

## Objectifs d'apprentissage

- Distinguer motifs absolus (examinés d'office) et motifs relatifs (invoqués par les titulaires de droits antérieurs)
- Appliquer l'art. 3 LPM en évaluant la similarité des signes et des produits ou services
- Expliquer l'interdépendance entre similarité des produits et similarité des signes et le rôle de la force de la marque
- Distinguer confusion directe et confusion indirecte
- Décrire la procédure d'opposition devant l'IPI, ses délais, la preuve d'usage et les recours

## Concepts clés

- **Motifs relatifs de l'art. 3 LPM** : Sont exclus de la protection les signes identiques à une marque antérieure pour des produits ou services identiques, ainsi que ceux identiques ou similaires lorsque la similarité des signes et des produits crée un risque de confusion. La priorité temporelle (date de dépôt ou de priorité) détermine quelle marque est antérieure.
- **Similarité des signes** : On apprécie l'impression d'ensemble, en tenant compte de la perception visuelle, sonore et sémantique. Le consommateur moyen ne compare pas les marques côte à côte et retient surtout les éléments dominants, souvent le début du mot ou les éléments distinctifs. Les éléments faiblement distinctifs ou descriptifs pèsent moins.
- **Similarité des produits et interdépendance** : La similarité des produits ou services dépend de leurs usages, de leur canaux de distribution et de leur complémentarité, non de la classe de Nice. Plus les produits sont similaires, plus la distance requise entre les signes est grande, et inversement : c'est le principe d'interdépendance.
- **Force de la marque antérieure** : Une marque de fantaisie ou très connue sur le marché bénéficie d'un champ de protection élargi et d'un risque de confusion plus facilement admis. Une marque faible, formée d'éléments proches du domaine public, ne protège que contre des reprises très proches.
- **Procédure d'opposition** : L'opposition est formée auprès de l'IPI dans les trois mois suivant la publication de l'enregistrement. Si la marque antérieure est enregistrée depuis plus de cinq ans, le défendeur peut exiger la preuve de son usage. La décision est susceptible de recours devant le Tribunal administratif fédéral puis le Tribunal fédéral.

## Conclusion

L'analyse du risque de confusion est le cœur du contentieux des marques : elle combine similarité des signes, similarité des produits et force de la marque antérieure dans une appréciation globale. Pour le juriste, la méthode consiste à raisonner du point de vue du consommateur moyen et à pondérer les critères selon le principe d'interdépendance.

La procédure d'opposition offre une voie rapide, peu coûteuse et spécialisée pour défendre ses droits, avec des délais stricts qu'il faut surveiller dès la publication. Elle s'articule avec les actions civiles et avec la preuve de l'usage, ce qui impose au titulaire d'une marque de gérer activement son portefeuille.

## Cartes

### Quel principe distingue motifs absolus et motifs relatifs ?

Les motifs absolus (art. 2 LPM) sont examinés d'office par l'IPI ; les motifs relatifs (art. 3 LPM), fondés sur des droits antérieurs, ne sont invoqués que par les titulaires via l'opposition ou une action civile.

### Que prévoit l'art. 3 al. 1 LPM ?

L'exclusion des signes identiques à une marque antérieure pour des produits identiques, et de ceux identiques ou similaires lorsqu'ils créent un risque de confusion pour des produits identiques ou similaires.

### Quel est le point de vue pour apprécier la confusion ?

Celui du consommateur moyen des produits ou services concernés, qui se souvient imparfaitement des signes et ne les compare pas côte à côte.

### Quels éléments pèsent dans la comparaison des signes ?

L'impression d'ensemble, l'aspect visuel, sonore et le sens, avec une attention particulière aux éléments dominants et distinctifs.

### Que signifie l'interdépendance des critères ?

Plus les produits ou services sont similaires, plus la distance exigée entre les signes est grande ; à l'inverse, des produits éloignés tolèrent des signes plus proches.

### La classification de Nice détermine-t-elle la similarité des produits ?

Non, elle ne sert qu'à l'organisation administrative ; la similarité s'apprécie selon les usages, canaux de distribution et complémentarité des produits.

### Quelle différence entre confusion directe et indirecte ?

Directe : on prend un signe pour l'autre ; indirecte : on distingue les signes mais on croit à un lien économique ou organisationnel entre les entreprises.

### Comment la force de la marque antérieure influence-t-elle l'analyse ?

Une marque forte ou notoire bénéficie d'un champ de protection élargi ; une marque faible ne protège que contre des signes très proches.

### Dans quel délai former opposition à l'enregistrement d'une marque ?

Trois mois à compter de la publication de l'enregistrement de la marque contestée.

### Qui est compétent pour traiter l'opposition ?

L'Institut fédéral de la propriété intellectuelle, avec recours possible devant le Tribunal administratif fédéral puis le Tribunal fédéral.

### Quand le défendeur peut-il demander la preuve de l'usage de la marque antérieure ?

Lorsque la marque opposante est enregistrée depuis plus de cinq ans (délai de carence échu) ; le titulaire doit alors rendre vraisemblable l'usage ou un juste motif de non-usage.

### L'opposition ferme-t-elle la voie à une action civile ?

Non. Le titulaire peut agir en justice devant les tribunaux cantonaux en nullité, cessation ou dommages-intérêts, indépendamment ou en complément de l'opposition.

## Glossaire

- **Motif relatif d'exclusion** : Obstacle à la protection d'un signe fondé sur la collision avec un droit antérieur de tiers (art. 3 LPM).
- **Risque de confusion** : Probabilité que le public confonde deux signes ou croie à un lien entre leurs titulaires, condition de la protection contre les signes similaires.
- **Interdépendance** : Principe selon lequel la similarité des produits et celle des signes se compensent dans l'analyse du risque de confusion.
- **Consommateur moyen** : Personne raisonnablement attentive du public cible dont la perception sert de référence pour juger la confusion.
- **Opposition** : Procédure administrative devant l'IPI permettant au titulaire d'une marque antérieure de faire radier une marque enregistrée en violation de ses droits (art. 31 ss LPM).
- **Preuve d'usage** : Exigence de rendre vraisemblable l'usage de la marque opposante lorsque son délai de carence est échu.
- **Confusion indirecte** : Situation où le public perçoit la différence entre les signes mais croit à un lien commercial ou organisationnel entre leurs titulaires.

https://ruvy.ch/decks/-P5CS5DqQrLNYbjp26y0
